cardons_im

agrandir

 

Un article qui surprendra, peut-être, la Nounou de Phiphi, une fidèle de ce blog. Un article tiré de la dernière livraison du bulletin… paroissial.

 

Ce fut le cri du cœur lancé par mes enfants à la fin d'un repas de Noël où j'avais servi l'emblématique gratin de cardons. Mais j'avoue que cette année-là, j'avais trouvé un peu long, et douloureux pour mes mains, l'épluchage des cardons. Je m'explique : pour être bons, l faut que les cardons soient du genre « épineux ››. Donc, on se pique les doigts et comme les tablées de Noël sont grandes, les gratins sont importants et l'épluchage fastidieux ! ]'annonçais alors qu'il y avait d'autres bons légumes pour nous régaler en ce jour de fête, proposant même le gratin savoyard à base de pomme de terre, qui aurait l'avantage d'un épluchage facile... Mais la réponse fut unanime, sur un ton légèrement scandalisé, « Maman, un Noël sans cardons n'est pas vraiment Noël ! ››.

Il y eut même une légère menace ensuite : aurait-on envie de venir partager un repas dans ces conditions de « rupture de traditions » ? J'ai entendu le message subliminal, et évidemment j'ai préparé les gratins de cardons au Noël suivant ! Mais je m'interroge depuis sur l›atente de chacun vis-à-vis de ce moment de l)année où les familles se retrouvent, où on évoque des souvenirs d'enfance, où on cherche à retrouver des traditions (je pense à la messe de minuit qui fait le plein alors que l'assistance est plus rare les dimanches). On a préparé des cadeaux (raisonnablement !), on a pensé aux personnes seules pour qu'elles ne le soient pas ce jour-là, bref, on a veillé à ce que règne un peu d'amour et de paix autour de soi... Et ce n'est déjà pas si mal qu'il y ait ce moment de retrouvailles, attendu, réparé avec soin (mais dans la tradition !). Cet été, je pensais déjà à Noël puisque je longeais souvent un magnifique champ de cardons, situé au bord d`une route où il y a souvent un ralentissement. J'avais donc tout loisir de les admirer, alignés qu'ils étaient, droits et fiers comme à la parade !

Et il m'est revenu, après avoir fait travailler mes neurones, le souvenir d'un très long poème de Charles Péguy, imaginant que toute l'histoire des hommes avait préparé ce moment unique de la naissance de Jésus. Quelques vers me revenaient :

Les pas des légions avaient marché pour lui

Les voiles des bateaux pour lui s'étaient gonflées

Il allait hériter d'un monde déjà fait

Et pourtant il allait tout nouveau le refaire.

Merci les cardons ! C'est bien cela Noël : ce moment où on se rassemble et où on fait un acte d'espérance, devant un enfant qui vient de naître.

Marie-Louise Pic